— Je te crois que tu peux l’aimer ! Sans lui, à cette heure, les mouettes nous auraient tous mangés sans nous laisser le loisir de dire : « ouf ! »

On comprend que cette narration eût mis en goût le garçonnet.

Aussi, dès que le Basque eut achevé son récit, Guillaume, se rappelant les prescriptions de Clavaillan, mit Piarrille en demeure de lui donner sa première leçon de manœuvre dans les mâts de la corvette.

Quelle que fût sa vantardise habituelle de Gascon, Ustaritz dut confesser que vingt-quatre heures lui étaient encore nécessaires pour se remettre sur pied.

Ce ne fut donc qu’une prolongation du repos prescrit, et Guillaume dut regagner son hamac, afin d’y achever sa journée.

Il ne s’en plaignit pas, du reste, ses membres étant très las du long séjour qu’ils avaient fait dans la chaloupe de milord Blackwood.

Le lendemain, quand il s’éveilla aux notes éclatantes de la trompette sonnant la diane dans la batterie, il fut prompt à quitter sa couche afin de prendre sa part des fatigues et des travaux de ses compagnons de route.

Maintenant, il était tout fier d’habituer son esprit et son corps à ces épreuves de la vie et de la mort, épreuves que tout vrai matelot doit se sentir sans cesse prêt à subir.

Il n’avait plus bien longtemps à supporter cette expérience première.

Deux jours ne s’étaient point écoulés que les côtes de l’île Bourbon apparurent paraissant sortir lentement des profondeurs de la mer.