CHAPITRE VII
L’ÉQUIPAGE D’UN CORSAIRE

C’était vraiment un beau navire que la Confiance.

Il représentait le type de ces vaisseaux que l’image nous fait connaître.

Haut de l’avant, il l’était plus encore de l’arrière. Ses trois mâts, légèrement inclinés vers l’avant, portaient crânement leurs voiles carrées.

Il se comportait à la mer comme un cheval de race sous la main d’un cavalier expérimenté. Ses larges flancs s’asseyaient bien sur l’eau et le soutenaient comme se soutiennent les hippocampes de la mythologie attelés au char de Neptune. Et, chaque fois qu’il évoluait, on voyait luire à ses robustes hanches les quatorze gueules dorées de ses canons.

Une pièce plus grande s’allongeait un peu en arrière du beaupré, une plus petite sur l’étambot. Surcouf avait, en effet sur cette question émis une opinion remarquable, digne de son impétueuse vaillance.

« L’ennemi ne doit me voir que lorsque je fonce sur lui, et, s’il lui prend fantaisie de me tourner, il faut qu’il sache que j’ai le dard du scorpion. »

Et, cependant, il soupirait quand on le complimentait sur son navire.

Cette robuste Confiance n’était point encore le vaisseau de ses rêves.

« Sans doute, sans doute, disait-il en hochant la tête, c’est une bonne bête, qui fait bien sa besogne. Mais ce n’est qu’un cheval de labour, digne des preux du bon vieux temps. Il serait mieux avec une armure de fer. Ce que je rêve, c’est un bateau fin et délié, maigre comme un coursier arabe, qui puisse filer ses douze ou treize nœuds sous un bon vent. »