Ainsi l’illustre corsaire avait déjà la conception de notre marine contemporaine vêtue de fer, avec sa division en cuirassés et en croiseurs.
A cette époque, Robert Surcouf, à peine âgé de trente-deux ans, avait déjà la renommée d’un des plus habiles coureurs de mer qu’on pût rencontrer. Il venait de gagner définitivement le grand procès qu’il soutenait depuis neuf ans contre l’administration coloniale pour le règlement de sa part dans la prise du Triton, vaisseau anglais de vingt-six canons, et de quatre autres navires de la même nation et d’un danois, qui avait rapporté cent seize mille piastres.
Napoléon, devenu empereur, avait, d’autorité, liquidé cette querelle, et fait compter au vaillant marin quinze cent mille francs, plus deux cent mille prélevés sur sa cassette personnelle.
Les deux années de paix dont le monde avait joui avaient créé des loisirs à l’infatigable batailleur, et il les avait occupés à élaborer le plan du bateau idéal sur lequel il se proposait de reprendre ses courses terribles. Aussi, dès la rupture de la paix d’Amiens, en pressait-il la construction.
Présentement, le futur corsaire était sur les chantiers de Saint-Denis, et l’on pouvait déjà en admirer les formes élégantes et fortes en même temps.
Surcouf avait fait grandement les choses. Il avait affecté cinq cent mille francs à la construction de ce vaisseau merveilleux.
En attendant, pris de court, il avait été contraint de se servir de la Confiance.
Or, c’était à bord de la Confiance qu’il venait de livrer bataille à une corvette anglaise, qu’il l’avait coulée, et, après avoir capturé son équipage, l’avait généreusement relâché à la pointe méridionale des Maldives.
Puis, pour assurer le salut de ces malheureux, il avait donné la chasse à un bateau anglais auquel il avait imposé pour toute corvée de guerre de rapatrier leurs malheureux compatriotes.
Cet exploit, digne des héros antiques, avait valu au jeune corsaire une immense renommée, et, lorsqu’il rentra à la Réunion, vers la fin du mois d’août, il trouva la population en effervescence.