On l’accueillit triomphalement ; on lui dressa des arcs de triomphe, on jeta des fleurs et des palmes sous ses pas. Le gouverneur anglais de Maurice lui adressa un message avec une couronne d’or pour le complimenter de sa magnanimité. Surcouf devint le héros des légendes de mer.

Or, à la même époque, de graves événements s’accomplissaient en Europe. La France perdait sa dernière flotte et l’Angleterre son plus illustre marin.

Le 21 octobre, en effet, pendant que Napoléon, dont les projets de débarquement en Grande-Bretagne avaient échoué au camp de Boulogne, entrait victorieusement à Vienne, dans le palais de Schœnbrunn et s’apprêtait à écraser la première coalition à Austerlitz, Nelson mourait glorieusement à Trafalgar, après avoir détruit les vaisseaux franco-espagnols de Villeneuve, et tué les deux amiraux Magon et Gravina.

Ces nouvelles traversèrent le globe et vinrent ajouter de nouveaux stimulants aux fièvres patriotiques des deux nations rivales.

Des récits de tout genre circulèrent, enflammant l’ardeur des combattants.

Les Anglais se répétaient avec transports les dernières paroles de Nelson.

S’adressant à son capitaine de pavillon, le grand marin, atteint d’une balle en pleine poitrine et sentant la mort venir, s’était écrié en tombant :

« Hardy, Hardy, les Français en ont fini avec moi. »

De leur côté, les vaincus de la terrible journée citaient des faits d’héroïque constance.

Ils narraient le trait admirable de ce capitaine de vaisseau, renouvelé de celui de Dupetit-Thouars à Aboukir, lequel, ayant les deux jambes emportées par un boulet, s’était fait placer dans un baril de son, afin d’atténuer la perte de sang et commander jusqu’à son dernier soupir la manœuvre aux vaisseaux placés sous ses ordres.