Tout cela alimentait les conversations et entretenait le feu des énergies.

Les détails abondaient, car les gazettes anglaises et françaises insistaient longuement sur l’événement. Elles disaient l’incroyable bravoure déployée de part et d’autre, la prodigieuse lutte soutenue par le vaillant commandant Lucas du Redoutable contre le Victory où se trouvait Nelson en personne, et où il avait été blessé mortellement, en même temps que contre le Neptunus, autre vaisseau anglais de quatre-vingts canons.

En attendant qu’on prît la mer, Evel, Ustaritz et le petit Will passaient leurs journées aux alentours du port, suivant avec impatience les progrès des réparations à faire à la Confiance et ceux de la construction du futur vaisseau que se réservait Surcouf.

Car on prêtait au corsaire l’intention d’agir sur une plus vaste échelle, c’est-à-dire de partir en course avec un second que la rumeur publique désignait déjà en Jacques de Clavaillan.

On ne se trompait point. Le Malouin avait appelé son compatriote qui était en même temps son frère d’armes, et lui avait fait la proposition de se mettre à deux pour donner la chasse à l’ennemi.

« Marquis, lui avait-il dit avec sa rondeur habituelle, je te laisse le choix de redevenir lieutenant à mon bord, ou de me seconder en prenant toi-même le commandement d’un autre navire. »

A quoi Clavaillan avait répondu sur le même ton :

« Parle franc jusqu’au bout, Robert. Je comprends bien que tout le temps que mes habits rouges m’ont gardé en leur aimable compagnie, tu n’as pas pu te passer de second. Et, maintenant, il t’est difficile de congédier ce brave Cléden, ou de le faire descendre d’un rang pour le mettre au-dessous de moi. C’est, en effet, un excellent marin et, de plus, un homme auquel je dois le respect de l’âge.

— Tu as deviné, mon cher Jacques, répliqua Surcouf en riant.

— En conséquence, reprit le marquis, bien que tu me laisses le choix, je ne l’ai guère. J’accepte donc de commander ton second navire. Seulement, où est-il, ce second ? Car je n’imagine pas que celui qu’on te construit en ce moment puisse être lancé avant deux mois au moins.