— Voilà ce qui te trompe, matelot. Il sera paré dans quinze jours.

— Dans quinze jours ? Tu te moques de moi.

— Pas le moins du monde. Dans quinze jours, je l’ai dit et je le répète.

— Mais tout est à faire à l’intérieur. C’est à peine si les deux ponts sont terminés. Il n’y a ni cloisons, ni cabines. La soute aux poutres n’est pas aménagée.

— Voyons, fit Surcouf, en haussant les épaules, ce n’est pas sérieusement que tu me dis cela ? As-tu visité le bateau ? Il n’y manque, à vrai dire, que le gréement. Pour le reste, les charpentiers le finiront en mer. »

Et, prenant Clavaillan sous le bras, Surcouf le conduisit aux chantiers.

Là, il lui fit visiter dans tous ses détails le nouveau bâtiment.

Celui-ci avait été construit sur les plans et d’après les coupes de Robert Surcouf lui-même.

Fils d’armateur, le corsaire avait sucé, en quelque sorte, avec le lait de sa mère, sa vocation de marin. Il avait appris dès son enfance ce métier de constructeur dans les chantiers qui fournissaient à son père ses meilleurs et ses plus rapides navires.

C’était même, en ces temps de prime jeunesse, une cause perpétuelle de souci pour la famille Surcouf que les fugues nombreuses et imprévues du jeune Robert hors du collège d’où il avait fini par être expulsé. Si l’enfant n’avait mordu ni au latin, ni au grec, en revanche, il s’était rompu à tous les exercices du corps et avait acquis une science consommée de la construction.