Il venait d’en fournir la preuve en mettant sur chantier le nouveau vaisseau avec lequel il s’apprêtait à courir les mers, et auquel, par allusion à son inaction de la paix d’Amiens, et surtout au bruit de sa mort qui avait couru avec persistance, il avait donné le nom significatif de Revenant, marquant par là que Surcouf ressuscité serait plus redoutable que Surcouf vivant.
Le Revenant était un bateau long de soixante-huit mètres, d’une jauge de trois mille tonneaux, à la coque étroite et effilée, à l’étrave creuse et fuyante, avec des joues évidées et de fortes hanches.
Sa quille, par une conception qu’ont adoptée plus tard les embarcations de course, était plus profonde à l’avant qu’à l’arrière, si bien que celui-ci semblait reposer simplement sur l’eau.
Un triple balcon garnissait l’étambot et le gaillard était protégé par des madriers vêtus de tôle d’acier, encore une innovation par laquelle le jeune marin anticipait sur la construction de l’avenir.
Les trois-mâts étaient inclinés vers l’avant, afin d’y porter toute l’action du vent et prévenir en même temps les ruptures par excès de résistance. Les deux ponts formant les batteries étaient surmontés de substructions qui servaient au logis de l’équipage. Celui-ci, d’ailleurs, devait faire l’objet d’un tri méticuleux.
« Vois-tu, disait Surcouf à Clavaillan, j’ai mes idées très arrêtées là-dessus. Les meilleurs matelots de France et du monde entier sont les Bretons. Après eux viennent les gens du pays basque et ceux des côtes de Flandre. Les Mocos ont des qualités d’entrain et de bonne humeur qui les rendent précieux dans un équipage.
« Je tâcherai donc d’assembler dans le mien tous ces éléments. Mais, comme il est possible que je ne les trouve pas dans les proportions désirables, j’y suppléerai avec des nègres, des Hindous et des Malais, lesquels, bien encadrés et bien entraînés, font encore des marins très passables. »
On se mit donc en quête de trouver les hommes nécessaires à cette organisation spéciale.
Les quelques semaines qui précédèrent l’appareillage, chacun des deux chefs d’expédition employa son temps au mieux des intérêts de la commune entreprise.
Si occupé qu’il fût par ses devoirs de commandant, Jacques de Clavaillan n’oubliait pas son petit ami Guillaume Ternant.