Cette plaine où coule le Tage est triste et déserte. Encore un coin d'Espagne où les friches sont plus nombreuses que les terres cultivées!

Navalmoral de la Mata est une oasis de figuiers et d'oliviers au milieu de ce désert. A une trentaine de kilomètres au nord-ouest est situé le monastère de Yuste, où se retira Charles-Quint après son abdication.

Nous roulons toujours.

Oropesa nous apparaît à la lueur d'un superbe coucher de soleil; ses maisons s'éclairent de rouge comme à la réverbération d'un colossal incendie.

Nous roulons encore.

La nuit nous surprend brusquement non loin de ce village. La ville la plus rapprochée est Talavera, assez loin cependant et, ignorant ce que nous y pourrions trouver comme auberge, nous décidons de camper à la belle étoile.

Nous choisissons l'emplacement de notre camp avec les plus grands soins: un espace plat au bord de la route, entouré de plusieurs grands arbres, fait l'affaire. D'abondantes conserves fournies par les coffres de la voiture, du pain et des œufs achetés à Navalmoral, du vin et de l'eau conservés glacés dans les bouteilles «Thermos» ont composé un menu qui fut vite expédié par nos robustes appétits. Puis en fumant tranquillement pipes ou cigarettes, nous causions; nous fûmes amenés à remarquer la très curieuse coïncidence qui fait qu'aujourd'hui nous avons établi notre camp pour la nuit non loin d'un village appelé Oropesa, alors qu'il y a environ trois semaines nous passâmes déjà une première nuit à la belle étoile sur les bords de la Méditerranée, à proximité d'un autre village qui s'appelait aussi Oropesa.

Il ne faudrait pas croire que passer une nuit en plein air, l'été, en Espagne, soit un tour de force: sous ce climat si doux, c'est chose très naturelle et nullement désagréable.

Nos effets de campement fournirent les éléments de lits moelleux... relativement, mais cependant assez confortables. Nous nous endormîmes au sein d'une de ces inoubliables nuits espagnoles, nuits de poésie, de parfums et d'étoiles.

Mercredi, 4 septembre.