Elle a de belles rues, de jolies places, une longue Alameda et de grands jardins. Elle cherche à copier Madrid.

Avant de repartir nous avons été visiter le musée du collège de Santa-Cruz, qui renferme de très intéressantes sculptures sur bois, dues aux maîtres espagnols Berruguete, Hernandez et Jean de Juni. Je tiens à citer une descente de croix impressionnante de douleur et un cadavre dont on voit les chairs desséchées se décollant des os, l'épaule disjointe, le ventre troué montrant les viscères, le corps couvert des immondes animaux de la putréfaction, œuvre frappante de réalisme. Ce même musée renferme également les stalles du couvent de San-Benito qui sont de vraies merveilles de sculpture.

La sortie de la ville pour gagner la route de Burgos est chose absolument compliquée. Nous dûmes prendre un guide pour nous mettre dans la bonne voie.

Enfin à neuf heures du matin nous roulions dans la triste campagne sur une route assez médiocre. Quelques collines grises, totalement nues, se dressent d'un air morose au milieu de la plaine.

Après Cabezon on franchit la rivière qui arrose Valladolid, la Pisuerga, sur un pont monumental fort ancien. Puis on longe le canal de Castille qui, théoriquement, doit servir à la navigation si l'on s'en rapporte à ses longues écluses, mais qui ne sert en ce moment qu'aux seules grenouilles, car il est à sec et ne contient que de la boue.

On laisse à gauche la route qui se dirige sur Palencia et de suite le chemin devient bon.

Torquemada, patrie du trop fameux grand inquisiteur d'Espagne, est une ex-ville devenue village qui s'étend le long de la Pisuerga et ne manque pas de pittoresque. On retraverse ici cette rivière sur un interminable pont disposé en éperon de navire.

Nous nous arrêtons à midi pour déjeuner au bord d'un petit canal ombragé de grands saules. Ce sera notre dernier repas en plein air, car nous nous trouverons désormais dans des régions civilisées qui assureront à nos palais difficiles tous les mets qu'ils pourront désirer. Nos provisions sont du reste à peu près épuisées et le repas de ce jour va leur porter le dernier coup. En voici le menu: filets d'anchois, œufs durs, museau de bœuf, quenelles de volaille, cailles au foie gras et fruits. Comme de juste, ce dernier déjeuner fut copieusement arrosé par nos dernières bouteilles de champagne.

Et maintenant en une plaine aride et désolée nous roulons. Le paysage est sinistre, c'est la morne tristesse, la tristesse des couleurs, des choses et des gens. Tout là-bas, une aiguille semble sortir du sol, c'est le sommet de la cathédrale de Burgos qui se hausse pour regarder au loin, c'est Burgos qui se cache dans un trou au milieu de la plaine lugubre. On dirait que la ville a horreur de voir la désolation qui l'environne et, comme elle peut, se dissimule derrière quelques collines. Seule la haute tour surveille l'immensité déserte.

En approchant on découvre enfin les maisons qui se groupent craintives autour de la masse protectrice de l'asile divin.