—Que viens-tu faire en ces lieux, démon? dit l'envoyé de Dieu, pourquoi poursuivre ainsi ton œuvre mauvaise sans trêve ni repos?

—Moi, fit ironiquement le diable, je n'ai pas besoin de repos. Mais toi-même, frêle et chétif, ne crains-tu pas de t'exposer comme cela aux morsures de la tempête glaciale?

—Dieu m'a recommandé de répandre la foi ici-bas, de consoler ceux qui pleurent, de soulager ceux qui souffrent.

—Et moi, repartit l'ange mauvais, j'ai ordre de tendre sans cesse aux hommes des embûches et de les attirer sur la route fleurie du vice.

Le blanc messager du ciel, qui avait frémi à ces paroles, s'écria:

—Malheureux, écoute-moi! La joie malsaine que tu éprouves en faisant le mal n'est rien auprès des félicités suprêmes dont on jouit en soulageant les malheureux. Ecoute-moi, démon! Si ton âme endurcie est encore capable de faire une bonne action, une seule, les larmes que tu auras essuyées éteindront le feu qui te brûle.

—Ton éloquence m'a converti, lui répondit le fourbe, qui ruminait déjà le tour qu'il pourrait bien jouer à son adversaire, voyons, dis-moi ce qu'il faut faire.

L'ange, qui l'avait attentivement examiné pendant qu'il parlait, lui dit:

—Vois-tu, là-bas, dans la neige amoncelée, ce voyageur que le froid a saisi, qui ne peut plus avancer, qui se meurt? Sauve-le, tiens: voici un paquet contenant du feu, cours le lui porter. Et là, que vois-tu? Un pauvre homme qui meurt de faim. Voici un paquet dans lequel est du pain. Tiens, prends-le et cours le sauver aussi.

Et l'esprit céleste remit au diable deux paquets en lui expliquant soigneusement lequel contenait le feu, lequel renfermait du pain. Le démon s'en saisit, vola vers l'homme qui mourait de froid et lui lança le pain, et vers l'homme qui avait faim et lui remit le feu; puis, comme le vent, revint se percher sur son rocher où, éclatant de rire, il s'écria: