Dès qu'on lui eut rapporté cette réponse, Arpad s'avança à la tête de son armée, non pas en vassal mais en conquérant. Il fit dire à Svatopluck de quitter le pays, lui et les siens, car en acceptant le cheval blanc, la bride et la selle d'or il lui avait cédé sa terre, son herbe et son eau.

Svatopluck répondit:

—Je ne vous ai rien cédé et n'ai que faire de votre cheval que j'assommerai, de votre bride que j'enfouirai dans un pré et de votre selle que je jetterai au fond du Danube.

—Si tu assommes le cheval, répliqua le fier messager hongrois, ce sera pour nourrir les chiens de mon maître, si tu caches la bride dans un pré, ses faucheurs l'auront bientôt retrouvée et si tu jettes la selle au fond du Danube, ses pêcheurs l'en auront tôt retirée.

Au point où en étaient venues les choses, les deux peuples n'avaient plus qu'à combattre. Une seule bataille fut livrée: Svatopluck fut tué, les Slaves défaits et chassés du pays.

Et voilà comment les Hongrois conquirent leur patrie[ [3].


La Hongrie est le pays des légendes.

Je voudrais vous conter un voyage que je fis dans ce pays, antichambre de l'Orient, boulevard de la chrétienté, étape de presque toutes les invasions barbares, ce pays qui nous apparaît, à nous Occidentaux, à travers un voile de mystère, un voile derrière lequel s'agitent encore les visions fantastiques des siècles qui ont fui.