CHAPITRE PREMIER
WAGRAM ET AUSTERLITZ

MORAVIE.—Le Marchfeld.—Wagram.—Les Moraves.—Brünn.—Le Spielberg.—Silvio Pellico.—Austerlitz.—Olmütz.—La Porte Morave.

Nous étions arrivés à Vienne par une chaude matinée d'août. Notre automobile nous avait confortablement et rapidement transportés dans la capitale de l'Autriche en faisant défiler à nos yeux la série des décors choisis, connus, mais si beaux des Alpes centrales.

Vous dirai-je que nous avions quitté la France aux bords du Léman, que nous avions remonté le Valais, où les Suisses sauvages et rétrogrades nous avaient prodigué leurs vexations et leurs grossièretés habituelles, et qu'enfin nous avions franchi l'admirable col du Simplon? Ajouterai-je que nous avions dévalé dans les plaines brûlantes de la Lombardie, où, pour trouver quelque fraîcheur, nous avions frôlé les bords charmants et parfumés des grands lacs?

Puisque j'ai commencé, je dirai encore que nous nous enfonçâmes ensuite dans la Valteline dont les flancs sont couverts de pampres donnant des vins exquis,—que nous goûtâmes consciencieusement,—et que l'auto nous emporta au sommet du Stelvio, à près de 3 000 mètres d'altitude, dans les nuages et dans les neiges, en face de l'Ortler éblouissant.

Tel est le contraste agréable des voyages dans les Alpes; après la plaine et ses chaleurs, la montagne et sa fraîche brise, après les horizons doux et monotones, les panoramas sévères et grandioses, on passe des uns aux autres indéfiniment.

Et nous avions plongé dans la vallée de l'Adige, puis de l'Inn, puis de l'Isar, en visitant Landeck, Innsbruck, en franchissant la Scharnitzpass, la porta Claudia des Romains, en admirant le Walchen-See et le Kochel-See, deux adorables lacs bavarois ignorés, perdus dans les sapins.

Dans la plaine avec Munich et Salzbourg, nous avions regagné les montagnes dans le Salzkammergut; après Reichenhall et ses eaux, Berchtesgaden et son sel, le Konig-See et son site sauvage, nous avions admiré successivement tous les lacs répartis autour d'Ischl où nous vîmes passer le vieil empereur d'Autriche-Hongrie dont l'âge et les soucis ont imprimé sur une figure maussade autant de rides qu'il a de peuples dissemblables dans son fragile empire.

Hors désormais des Alpes, la vallée du Danube, la vaste plaine ondulée, riche, monotone, à peine égayée parfois d'un court aperçu du grand fleuve, luisant comme un éclair d'acier. Wels, Linz, Melk, Saint-Polten et toujours la grande vallée, et la forêt, et Schœnbrunn, et voilà comment, par une chaude matinée d'août, nous étions arrivés à Vienne.