Il me cria tout de suite :

— Alors, on ne salue plus ? C’est-il que vous êtes devenu empereur d’Allemagne, gréviste, ou quoi ?

J’ai déjà expliqué qu’il ne faut jamais s’étonner de rencontrer Barnavaux nulle part : il est là quand il doit être là ! Je n’avais qu’à m’excuser, je m’excusai. Et ce fut seulement pour causer, et parce qu’on ne peut pas faire autrement, que je demandai :

— Qu’est-ce que vous faites ici ?

Barnavaux eut un clin d’œil sur la ville. Puis il répondit, toujours aisé :

— J’attends les événemeints !

Or, Barnavaux n’a pas le droit d’avoir l’accent. Il n’est pas du Midi, pas même de Paris, ce qui l’embête : j’ai découvert qu’il était de Choisy-le-Roi. Mais il le cache. Du moment qu’il singeait l’accent, c’est qu’il n’y avait pas de sympathie perdue entre lui et les gens de la ville ; il ne dit jamais que ce qu’il veut dire. Je murmurai :

— Les ouvriers de l’arsenal ?

De nouveau il ouvrit un œil, et ferma l’autre. Après quoi, il fit le geste d’un homme qui tape.

Il faut savoir une fois pour toutes que j’ai adopté, en présence des crises qui déchirent notre malheureux pays, l’opinion d’anarchiste de gouvernement, qui, étant de mon invention et non encore répandue, me permet de n’être de l’avis de personne. En raison de quoi, je demandai à Barnavaux, d’une voix empreinte de blâme, ce que lui avaient fait les ouvriers de l’arsenal. Il me répondit :