»  — Ça n’est pas assez. Que je renvoie la femme quand j’en aurai eu un fils, ça, c’est juste. Mais il faut aussi que Samara rende la poule !

» C’est comme ça que j’ai arrangé la grande querelle entre les Yanghérés et les Haoussas. L’Enfant avait des scrupules. Il trouvait que ce n’était pas administratif. Mais quand le gouverneur est venu, et qu’il a entendu le rapport, il a dit que pour un ancien curé j’étais très malin, et que j’aurais mon nom dans le Journal officiel, avec des éloges et une gratification de cinquante francs.


— Ah ! dis-je, je connais cette histoire, Zimmermann. Vous ne l’avez pas inventée, l’aventure est bien vieille. Elle advint quand l’Espagnol Ruy Diaz de Bivar, qu’on appelle aussi le Cid Campeador, mit à mort d’un coup d’épée sur la tête le père d’une fille qui s’appelait Chimène. Car il épousa ensuite cette fille, lui donnant pour raison : « Je t’ai tué un homme, je te rends un homme ! »

— Je vous assure que ce n’est pas ma faute si ça ressemble, répondit Zimmermann en rougissant. Je n’ai rien copié. Ce que je vous ai dit, c’est arrivé dans la Haute-Sangha, non pas en Espagne.

— D’abord, demanda Barnavaux, est-ce qu’il y a une poule, dans l’histoire du Cid ?

LA NEF MORTE

— … Ils ne franchiront pas l’île Pelée, me dit Barnavaux : la marée baisse.

La pauvre petite barque de pêche, montée par cinq ou six hommes, prise par la formidable rafale qui soufflait du Nord-Ouest, n’avait pu remonter dans le vent pour prendre le grand chenal ; et elle essayait de passer entre l’île Pelée et la terre, pour entrer dans le port de Cherbourg.

— Autant vouloir naviguer sur une route départementale, continua Barnavaux au milieu du vent : il n’y a plus d’eau !