Le général savait. Il salua Marie-faite-en-Fer très gravement, il salua de tout son cœur, devant les troupes, devant les officiers et devant le drapeau.
— On ne peut pas vous décorer, madame, dit-il, mais… voulez-vous me permettre de vous embrasser.
Il n’était jamais arrivé, dans toute la vie de Marie-faite-en-Fer, qu’on lui eût demandé pour ça : « Voulez-vous me permettre ? » Voilà pourquoi elle pleura.
Vers le soir, elle s’assit devant sa maison. Par sa porte entr’ouverte, on apercevait un lit bas, drapé d’une étoffe rouge, un lit tel que sans doute ils étaient jadis à Suburre, tel qu’on les voit encore à Marseille et à Toulon dans les quartiers infâmes. Mais son cœur était rempli d’une joie ineffable, et en même temps elle avait presque envie de mourir, sachant qu’il ne pourrait plus rien lui arriver dans la vie d’aussi fort et d’aussi bon que ce qu’elle avait senti ce jour-là. Ce fut à ce moment qu’elle entendit le grincement des voitures Lefèbvre. Sur la route dure, elles roulaient avec leurs grandes roues maigres qu’elle connaissait bien, mais changées en corbeilles de fleurs : les beaux hibiscus rouges, éclatants comme un cri dans l’airain, les fleurs mauves des grands épiniers, et tout l’or des mimosas ; elles roulaient, précipitées, tassées, odorantes elles roulaient jusqu’à elle, poussées par toute la garnison, et la garnison criait :
— Ce sont des fleurs, des fleurs, des fleurs ; Marie-faite-en-Fer, ce sont des fleurs pour toi !
Et Barnavaux, le premier marsouin qui passa devant elle, avec ses beaux yeux clairs qui brillaient sous son casque, des deux côtés de son nez mince, lui jeta une pièce d’argent sur les genoux.
— Voilà une piastre, Marie-faite-en-Fer, une piastre !
Elle regarda la pièce, comme éveillée d’un rêve.
— Ah ! dit-elle, c’est vrai… Oui, c’est vrai. Eh bien ! entre, Barnavaux.