— Eh bien, je l’assommerai d’un coup de crosse !
— C’est un trop petit fusil, Caillou, c’est une trop petite crosse, et tu es trop petit.
— Ça ne fait rien, répond-il, ça ne fait rien… Il n’y a pas de danger.
— Mais comment le sais-tu ? Moi-même, à ta place, j’aurais peur, moi ! Ainsi !…
Alors la voix de Caillou prend dans l’ombre une teinte de mauvaise humeur. Il est poussé dans ses derniers retranchements. Et il prononce :
— Il n’y a pas de danger, parce que… parce qu’il n’y a pas de crocodile… C’est moi qui dis ça, qu’il y en a un… Mais c’est pas vrai !
Enfin, j’ai l’aveu ! J’ai l’aveu que jamais une seconde il n’a perdu la conscience qu’il imaginait. Il a préféré le reconnaître, plutôt que de renoncer à son jeu. Mais cela n’avance pas les choses. Je lui mets la main sur l’épaule, et je sens qu’il grelotte. Il faut l’emmener gentiment. Je proclame, du haut de mon expérience, pour lui montrer qu’il y a une erreur dans le canevas de son drame :
— Ça ne fait rien. On ne chasse pas les crocodiles avec des balles en caoutchouc. Je le sais, moi ; j’en ai tiré !… Demain, je te donnerai des balles de plomb.
— Oh ! bien, alors… fait Caillou.
Et il se laisse reconduire docilement à la maison. Il ne pense plus qu’aux balles de plomb, parce qu’il n’en a jamais vu !