— Chut ! fait Caillou à mon approche.

Sa mine, que je ne vois pas, doit être importante. J’entre dans le jeu, et je demande à voix basse.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Chut ! Je chasse… un crocodile !

La forêt, qui est si grande, doit contenir des bêtes énormes. Du moins on a le droit de se le figurer. Et j’admire de toute mon âme la bravoure de Caillou.

— Un crocodile ! Mais c’est très gros, un crocodile… S’il te mange ?

Cette supposition paraît profondément absurde à Caillou. Toutes les représentations d’aventures fictives qu’il se donne, doivent, vous le savez, se terminer pour lui agréablement. Le danger, la mort, la peur en sont complètement absents. Il développe seulement son désir d’action.

— S’il me mange ! dit-il indigné. Puisque j’ai mes balles en caoutchouc !

J’essaye de le ramener à la réalité. Je suggère cruellement :

— … En caoutchouc ! Alors tu vois bien, on ne tire pas les crocodiles avec des balles en caoutchouc. C’est stupide !