C’est ce qui fait que Caillou couche maintenant tout seul dans sa chambre blanche et bleue. On a dressé le lit de la petite fille dans un cabinet de toilette, puis on a dit à son frère :
— Tu vois, tu es un grand garçon maintenant : tu couches tout seul !
Caillou s’est rengorgé, il est fier. Or a ajouté :
— Et comme tu es un grand garçon, tu comprends, il ne faut pas entrer dans la chambre de Tili sans frapper. Ça ne se fait pas.
Je vous ai déjà expliqué que Caillou croit toujours ce qu’on lui dit. Et cette fois, même, un sentiment secret, très profond, bien que confus, lui fait accepter ce conseil avec une soumission presque embarrassée.
C’est au tour de Tili de venir au rapport. On lui dit :
— Tu es une grande fille, Tili, maintenant, tu as huit ans. Il ne faut pas que tu te montres à ton frère quand tu es en chemise : ce n’est pas convenable.
Le mot « convenable » lui fait une grande impression. On le prononce également devant elle quand il s’agit d’accommoder une de ses toilettes à une fonction quelconque de la vie, promenade ou visite. C’est un mot féminin, qui lui donne le sentiment d’un plaisir grave.
Le lendemain, Caillou, qui est curieux de voir la nouvelle chambre de sa sœur, vient à la porte, et frappe, puisqu’on lui a dit de frapper. Tili n’est pas moins obéissante. Elle crie :
— Attends, Caillou, attends : je suis en chemise !