— C’est chic, dit-il, c’est très chic. Y a pas ! V’là l’water-ballast, le moteur, les accumulateurs, la pile. C’t’épatant. Et ça marche ?
— Tu vas voir, dit Cecil Rhodes.
Le domestique, après avoir resserré les écrous, fit agir la pile et le moteur tourna. Puis, il posa délicatement sur l’eau le jouet miraculeux.
Vif, adroit, rapide, conscient, pour ainsi dire, le sous-marin piqua devant lui. D’abord à la surface ; ensuite, mû par un ressort qui ne se déclenchait qu’au bout d’un certain temps, il fit sa plongée, disparut magiquement, ne montrant plus qu’un petit miroir, le regard espionneur qu’il maintenait au-dessus des ondes. Puis il remonta, puis il replongea. Et il vira de lui-même, agile et souple.
Les cinquante gamins applaudirent. Boulot disait :
— C’t’un truc à hauteur, ça, je le r’connais, c’t’un truc à hauteur. Mon vieux, t’as d’la veine !…
Cecil Rhodes ajouta, très fier :
— Même les grandes personnes regardent !
C’était vrai. Maintenant, tout un peuple entourait la vasque et béait, amusé, passionné, repris par le plaisir si grand, si délicieux, si rare, de retrouver la curiosité, la faculté d’étonnement et d’admiration de l’enfance. Le sous-marin venait de remonter, comme pour respirer. Peint en gris blanc, il ressemblait à une bête vivante, à un poisson plat, sole, raie ou carpe monstrueuse. Son périscope était véritablement comme un œil.
A ce moment même la frégate, la belle vieille frégate surannée, avec ses trois mâts, sa voilure frémissante, sa façon d’aller comme par coups d’aile, se rapprocha, majestueuse, tanguant un peu, pointant son étrave dans l’eau pâle. Le vent fraîchit, ses voiles s’emplirent de ce grand souffle, elle se pencha, accentuant sa bordée…