Caillou appuie son oreille contre l’objet monstrueux ; et c’est vrai qu’on entend quelque chose : une agitation, un grattement contre les parois, de la vie, enfin. Caillou en est tout tremblant.
— Je crois, dit encore l’oncle, que le petit veut sortir. Mais elle est dure, la coquille de cet œuf de cheval ; il faut l’aider !
Il tire de sa poche un canif et Caillou ne s’aperçoit pas que durant la nuit on a déjà découpé en couvercle le dessus de cette masse rouge et jaune, et qu’elle est plus légère, beaucoup plus légère. Caillou attend, le couvercle se lève, et il sort… un lapin, un tout petit lapin blanc à peine étourdi de son emprisonnement.
Qu’est-ce que va penser Caillou, qu’est-ce qu’il va dire ? Ce n’est pas un cheval, et il connaît bien la différence entre un cheval et un lapin. Il va se fâcher, sans doute, ou il va pleurer ! Mais non : il demeure émerveillé, et il accepte le miracle. Ce n’est qu’un lapin, mais enfin, pour un petit enfant comme lui, c’est déjà bien beau, un lapin, c’est après tout satisfaisant. Il songe, les yeux brillants et les lèvres ouvertes. Enfin il demande :
— Qu’est-ce qu’il faut lui donner à manger ?…
On a dû faire au lapin un logis dans la cuisine, ce qui est assez désagréable ; mais il n’est que juste que les grandes personnes pâtissent un peu quand elles ont fait ou laissé faire des sottises. Quelquefois on demande à Caillou, quand il y a du monde :
— Raconte un peu l’histoire de ton œuf de cheval ?
Et il commence de bonne grâce, sans y voir de malice :
— J’avais un œuf de cheval… alors, il n’a pas été couvé assez longtemps… alors, au lieu d’un cheval, il est venu un lapin.
Telle est l’explication qu’il a trouvée. Il en est parfaitement satisfait, et pour ma part je la trouve admirable et significative pour l’histoire des progrès de l’esprit humain, qui ne sont faits que d’erreurs successives.