Elle a dit « oh ! » parce qu’il faut bien répondre quelque chose, et aussi parce qu’elle trouve que ce n’est pas très propre, de manger des fraises qui out traîné sur le trottoir.

— C’est voler, n’est-ce pas ? fait Caillou.

C’est ça qui le préoccupait. Et c’est la seule chose à quoi sa mère n’avait pas pensé.

— Non, dit-elle, embarrassée, ça n’est pas voler, pas précisément… Mais enfin c’est sale, c’est vilain.

— Mais ça n’est pas voler ? répète Caillou.

— Non, répond sa mère. Elles étaient par terre ces fraises…

Alors Caillou, subitement furieux, jette le poing vers Lucile. Et il lui crie :

— Pourquoi tu ne m’en as pas donné une, alors !


Cette aventure me conduisit à chercher si les cinq ans de Caillou avaient la conception de l’argent. Les conversations que j’eus avec lui à ce sujet ne me donnèrent rien de précis. Le mot « argent » évoquait bien chez Caillou l’idée de monnaie, de pièces en métal brillant, mais il était impossible de savoir s’il en comprenait l’usage. Cependant quelques-unes de ses phrases me firent croire qu’il considérait l’argent comme une chose analogue à la barbe, désirable parce qu’elle appartient uniquement aux grandes personnes. C’était encore là une de ces mille erreurs qu’on commet, parce qu’on n’emploie point avec les enfants le vocabulaire qui leur est propre.