Un jour que j’arrivais plus tard que de coutume aux Tuileries, je m’aperçus que Caillou m’attendait avec une grande impatience ; il courut à moi comme un petit boulet, la tête en avant, et je le reçus entre mes genoux. Cet empressement me flatta, je l’attribuais à l’affection. Mais Caillou me dit tout de suite :

— Conduis-moi à la marchande de gâteaux.

Je connais la marchande de gâteaux. C’est une dame qui habite dans un abat-jour, suivant la définition de Caillou lui-même. L’abat-jour est en bois, peint en vert, et se trouve non loin du bassin, près de la place de la Concorde. Quand nous fûmes devant l’étal, mon ami commanda impérieusement :

— Prends-moi dans tes bras !

Et je fis comme il voulait.

Ainsi dressé, Caillou avait la tête au niveau de celle de la dame. Dans cette situation d’égalité, il lui dit :

— Madame, je t’avais donné deux sous, tu me dois deux gâteaux !

Voilà ! Si au cours de mon enquête j’avais employé le mot « sou » au lieu du mot « argent », j’aurais su tout de suite que Caillou connaît la valeur des sous et n’aime pas à être trompé. Il avait bien essayé de régler son affaire lui-même mais il était trop petit, la dame de l’abat-jour ne l’entendait pas. Voilà pourquoi il m’avait attendu : c’était pour être mis à hauteur !

C’est ainsi que j’appris qu’il sait calculer et aussi défendre ses intérêts. Il m’en donna bientôt une preuve plus singulière.

— La dame vend des palmiers, me dit-il un jour.