— Et c’est tout ça, la magie, fit Pirotte, tout ça ? Mon Dieu, que cela va faire de peine aux pauvres diables qui rêvent d’envoûtement, de messes noires, d’actions mystérieuses de la volonté, formidablement accrue par le concours des pouvoirs inconnus, sur les faits et les choses.

— Il y a aussi ce que vous dites, répondit Hédiot. C’est la conséquence logique du raisonnement : du moment qu’on peut exercer une influence sur les forces, quelles qu’elles soient, cette influence peut s’exercer aussi sur la force du mal, pour la dompter, pour l’enchaîner, la mettre hors d’état de nuire — ou au contraire, la précipiter sur un ennemi.

— C’est encore plus bête, fit Pirotte en riant, mais c’est plus romanesque. A la bonne heure !

— Regardez, poursuivit Hédiot en allant chercher une statuette sur une étagère. Ceci vient du Gabon.

L’effigie, haute comme trois travers de main, était à la fois grotesque et hideuse : un nègre, les jambes écartées et cagneuses, la face prognathe, la bouche élargie par un rictus monstrueux, maintenait des deux mains sur son gros ventre une sorte de tabernacle carré, fermé par une lame de mica terni. Pirotte éprouva un instant une impression d’horreur indéfinissable contre laquelle il réagit par la blague :

— C’est en bois, ou en pierre, ce magot ?

— En bois très dur. Une espèce d’ébène, je suppose, et si lourd qu’il tombe au fond l’eau. En fait, c’est au fond d’une rivière qu’on l’a trouvé. Le sorcier l’avait noyé exprès.

— Exprès ? Après avoir pris la peine de sculpter cette œuvre d’art ?… Pourquoi ?

— A cause de la chose qui est dans le tabernacle.

— Je ne comprends pas.