—Une cartouche, un obus n’éclaterait que si leur détonateur était en contact avec une corde tendue, en sympathie elle-même avec un instrument de musique puissant... Je pourrais jouer tous les airs du monde sans ébranler les cartouches que vous avez dans la poche.
J’avais oublié les cartouches. Je les jetai sur la table avec une certaine anxiété. Bonaventure rit de nouveau.
—Seulement, dit-il, c’est ici que j’interviens. J’ai trouvé! Je suis sûr que j’ai trouvé. Je ne vous donnerai pas mes formules exactes, et ceci pour deux raisons: ou bien vous êtes scientifiquement nul, et alors vous ne comprendriez pas. Ou bien vous pouvez vous assimiler ces formules, et alors mes droits d’auteur courraient un risque. Mais je vais employer une comparaison: aimez-vous qu’on taille un bouchon, un bouchon de liège, à portée de vos oreilles?
Je frissonnai.
—Bonaventure, criai-je, vous savez bien que je ne puis le supporter! Rien que l’allusion que vous venez de faire me détraque. J’en ai les nerfs agacés et la chair de poule!
—Bien! fit Bonaventure. Et c’est un petit bruit, pourtant, un bien petit bruit que celui d’un canif sur un bouchon. Mais c’est justement parce que c’est un petit bruit. Sachez qu’au delà des sons que vous entendez il existe des notes trop aiguës ou trop basses pour être perçues par l’oreille. Leurs vibrations sont des multiples ou des sous-multiples de celles qui vous parviennent, et elles ont des propriétés particulières. Celles que produit le couteau mordant le liège sont déjà presque de ce genre: elles attaquent vos cellules nerveuses. Prolongées ou mieux choisies, elles les décomposeraient. Eh bien, j’ai découvert le nombre de vibrations sonores qu’il faut pour décomposer et faire éclater tous les explosifs connus, et je puis produire ces vibrations.
—Alors? demandai-je, n’osant pas comprendre encore.
—Alors, je puis faire sauter ces cartouches devant vous, sur cette table... N’ayez pas peur: tous les chasseurs savent qu’une cartouche qui explose à l’air libre ne fait qu’éparpiller à quelques centimètres autour d’elle le plomb qu’elle contient. Du reste, nous n’allons garder que deux de celles que vous avez apportées et mouiller la poudre des autres... Voilà qui est fait. Maintenant, regardez!
Il s’approcha de la lyre avec une espèce d’archet bizarre.
—Ce sont des vibrations très aiguës qu’il nous faut. Tenez-vous bien, intéressant nerveux!