Elle referma la porte en criant:
—Le Jeanteaume est mort! Jésus mon Dieu!
Et tous ceux qui n’étaient pas encore partis pour les champs, les vieilles femmes, les gosses, l’instituteur, le maire, le châtelain de Clomot, s’assemblèrent autour d’elle.
—Il est mort! que j’vous dis: j’ai vu sa goule toute noire!
Le maire rouvrit la porte et voulut s’approcher du lit. Mais les deux chiens s’étaient dressés tout debout sur la couette rouge. L’un gardait la tête, l’autre les pieds du pâtre, ramassés pour bondir, grondant, les lèvres basses, la fureur hérissant le poil de leur échine. Le maire s’arrêta net.
—Ça d’vôt échoir, dit-il. Il se f’sôt vieux, le berger, ben trop vieux pour le métier.
Il ajouta l’air savant:
—C’est une insolation. Faut dresser l’acte de décès et prévenir Tronchin, l’charron, qu’il fasse la bière.
L’instituteur, qui était secrétaire de la mairie, s’en alla pour dresser l’acte de décès, et le Tronchin arriva pour prendre la mesure du mort et lui donner son habit de planches. C’était un géant, le Tronchin, un homme de force. Les grands troncs de sapin que traînent les fardiers, il les soulevait à lui tout seul par un bout, tandis que ses aides détachaient la chaîne qui les serre. Eh bien, il recula devant les chiens:
—C’est qu’ils m’mangerôent! dit-il.