Hermot se leva, plein de l’impression d’un bonheur paisible et radieux. Il y avait un peu de gris sur ses tempes, la quarantaine avait déjà sonné pour lui. A cet âge, certains hommes éprouvent plus fortement encore l’orgueil de la paternité que la passion de l’amour. C’est la nature qui le veut ainsi: ils sont fiers de se perpétuer, de prolonger dans l’avenir une puissance de vivre qui bientôt chez eux va décroître. Ils disent: «mon fils» ou «ma fille» presque avec le même sentiment de douceur étonnée qu’ont les femmes. Voilà pourquoi le mari marchait d’un pas si vif et pressé. Mais il était amoureux aussi. En suivant, dans le corridor étroit, la forme mince et légère qui le précédait, il sentait son cœur bondir.

La bonne tenait le petit, déjà tout nu, au-dessus de la vasque en métal clair, qu’un rayon de soleil, entrant par la fenêtre, illumina gaiement; et l’enfant que ces reflets faisaient un peu loucher, fermait les yeux par instants. Il avait sept mois; des plis de graisse formaient des bourrelets sur ses cuisses et ses bras, et son ventre un peu gros mettait une ombre vers son sexe innocent.

La bonne le posa sur le tub, bien assis sur son derrière, les jambes croisées; l’eau était tiède, exactement à la température de son corps délicat. Pourtant ce contact le surprit, il cria quelques secondes. Puis, il se calma. L’éponge, passant sur son dos très gras comme une caresse, détendit ses nerfs dans un plaisir très doux; il essaya de la saisir; ses gestes encore mal adaptés dépassaient le but, ses gencives, où une petite dent laiteuse perçait, riaient voluptueusement. Ses cheveux, courts comme un pelage, s’emplirent de savon, et on lui faisait renverser la tête pour que la mordante écume n’atteignit pas ses paupières.

A ce moment on sonna.

—Madame, c’est le boucher, dit la bonne.

Madame Hermot eut un moment d’hésitation. Elle avait l’habitude de commander elle-même les provisions du jour. Hermot sourit.

—Laisse-moi seul avec bébé, dit-il, je ne lui ferai pas de mal.

Et madame Hermot sourit à son tour en s’en allant.

Hermot essuya lui-même le corps poli et gracieux. Il embrassait prudemment cette chair tendre qui sentait les caresses et s’étirait sous elles. Quand les baisers couvrirent le front, l’enfant leva la tête, d’un air intelligent et ravi. Alors le père le posa sur le tapis, du côté du ventre, et cette petite chose vivante, qui ne pouvait encore marcher, essaya de se dresser sur les pieds et sur les mains. Hermot claqua des doigts derrière lui, mais il ne se retourna pas.

—Marcel, mon petit Marcel! fit Hermot presque involontairement.