Delebecque n’écouta pas. Il ouvrit la trappe de la cave, on entendit ses pieds chercher pesamment les marches, puis deux talons ferrés qui grinçaient sous le poids d’un corps déjà renversé, un juron, le bruit d’un corps qui glissait, enfin le tintement plat d’une cuve de zinc qui roulait sur le sol.
—La lessiveuse! dit Céline.
Elle aimait son homme, mais elle avait pensé d’abord aux choses de son administration, par instinct. Ses enfants avaient compris, au silence mortel qui se fit après ce grand éclat, qu’il venait de se passer une chose qu’il fallait savoir. Lucile, l’aînée, ôta ses souliers, prit son petit frère dans ses bras. Les autres entrèrent derrière elle, plus hardis, sans précautions. Ils virent Céline et Bogaërt qui remontaient, en criant, le corps de leur père.
—Il a rien, dit Bogaërt, essayant d’asseoir sur une chaise cette chose inanimée. Pourquoi qu’il bouge pas?
Le corps glissa et retomba sur le carrelage. Céline crut que son mari était mort; elle poussa un grand cri. Mais d’être ainsi allongé sur le sol ramena la circulation au cerveau du blessé, qui ouvrit les yeux.
—Il a rien, répéta Bogaërt. C’est la peur. Il a toujours peur... Hé, capon!
Delebecque aussitôt revenu à lui porta la main à son ventre. Sans hésiter, sa femme le dénuda et la chemise de grosse toile apparut toute pleine de sang. Les enfants s’étaient rapprochés. Céline les chassa, pour la décence.
Quand Delebecque qu’on avait porté sur son lit, dans sa chambre, revint complètement à lui quelques heures plus tard, le médecin ne s’en aperçut pas assez vite. Voilà pourquoi il ne put arrêter Bogaërt, qui disait:
—C’est vrai? C’est vrai qu’on n’y peut plus rien?
—Rien, répondit le médecin. L’urètre est brisé. Il va s’empoisonner très vite, et puis...