De nouveau, le silence plana sur la grande avenue.

— C’est donc pas votre métier, ordinairement ? demanda le musicien.

— Quoi ?

— … Ce que vous faites ce soir ?

— Non. Mais y a huit jours qu’on fait plus rien, sur la pelouse. On sait pas comment on vit. Tout est à la manque. On n’avait plus l’sou pour Maisons, demain ; alors, on s’est dit qu’en essayant comme ça on ferait bien quarante ou cinquante, des fois : la peau, oui, la peau !

La forme oblongue du dôme des Invalides commençait de se profiler vaguement sur le ciel. Un rayon de lune, perçant les nuages, jeta sur ce toit métallique une mince et dérisoire lueur d’or.

L’allégresse de Guérande avait changé de cause. Elle n’était plus intellectuelle, extatique, pensive, mais physique et active. Il dominait une situation difficile, il avait triomphé, tout seul, par sa seule bonne humeur et sa bravoure. Il en avait de la reconnaissance à celui qu’il coudoyait. S’il n’eût craint que ce geste ne lui parût offensif, il lui eût volontiers frappé affectueusement sur l’épaule.

— C’est pourtant des gens riches, par ici, continua l’homme au chapeau melon, regardant les belles maisons de pierre.

— C’est riche, dit Guérande, bien entendu, c’est riche ! Mais c’est des bourgeois tranquilles, ils ne sortent pas après minuit. Et ceux qui viennent les voir, on leur fait chercher des voitures. Que diable alliez-vous faire là ? Vous ne savez pas votre affaire !

— Si vous aviez eu du pognon, fit l’homme, froissé, vous auriez vu !