— J’veux pas ! Non, j’veux pas !

Elle était mise comme une femme qui a porté des robes de soie, qui n’en a plus, mais qui s’en souvient. C’était ridicule et pitoyable. Elle avait « fait » sa figure ravagée, parce que, ça aussi, elle avait appris ; ses bras, réhabitués aux soins du ménage, étaient trop rouges, entre les poignets de son corsage et ses gants noirs à deux boutons ; et sur son visage on pouvait voir de la bassesse, de l’enthousiasme, de l’amour, de la férocité, de la rapacité charnelle : parce que cet homme, c’était son dernier. Et c’était son mâle, et c’était aussi son enfant, qu’elle avait caressé, gâté, dorloté, et c’était, avec tout ça, son gagne-pain ! Après lui, elle n’aurait plus personne. Parce qu’elle ne voulait pas et parce qu’elle ne pourrait pas. Mettez d’abord le motif que vous voudrez. Mais rien de tout cela, elle ne pouvait le dire : par prudence ou par pudeur ; ce qui est d’ailleurs pour les femmes presque la même chose. Elle répétait seulement :

— J’veux pas ! Non, j’veux pas ! L’contrat avec l’agence vaut rien.

Et elle ajouta, l’ayant entendu dire :

— L’contrat est immoral !

Elle avait raison. Le tribunal, après une très courte délibération, refusa de prononcer le divorce au bénéfice du demandeur. Pouilledieu se fit répéter par son avocat les termes du jugement dont il ne comprenait pas le style. Alors il cracha par terre, puis haussa les épaules.

— C’est pas ça qui m’empêchera d’la plaquer ! dit-il.

Mais Louise-Emilie reniflait dans ses sanglots ravalés, la tête haute : car Pouilledieu restait son mari légitime et il ne pourrait pas se remarier. Ça la consolait. Les femmes croient au sacrement.

LA LETTRE

… En sortant de table, M. Le Courant s’était dit : « Tout à l’heure, il faudra que je demande au maître de la maison le nom de ma voisine de gauche. Il n’y a rien de plus embêtant que de chercher des sujets de conversation pendant une heure et demie, du turbot aux petits fours, avec une personne dont on ne sait rien, sinon qu’elle est apparemment du sexe féminin, mais dont on ignore tout le reste. On nous a bien présentés l’un à l’autre avant le dîner, mais, comme toujours, de façon que je ne pusse rien percevoir des syllabes proférées. Et quant à lire ce nom sur la carte qui lui indiquait sa place, c’était, pour le myope que je suis, de la plus ridicule impossibilité. J’ai bien essayé, au moment du potage, mais sans obtenir d’autre résultat que d’avoir l’air d’un satyre, à force de me rapprocher inutilement de son épaule nue… Du reste, je m’en fiche : c’est une femme qui ne m’intéresse nullement. »