— Il y a encore quelque chose d’écrit, ajoutai-je. Il y a : « Tirez dessus tant que vous pourrez ! »
Mon voisin se mit à tirer de toutes ses forces. Les autres, ceux qui étaient à ses chausses, tiraient aussi de toutes leurs forces. Il se fit un grand bruit, et la corde cassa. Alors tous retombèrent à jambes rebindaines.
Mais le train ne s’arrêta pas.
Seul, le gentleman en délire continuait à s’amuser beaucoup. Après avoir mis le feu à tous les rideaux, il s’efforça de faire subir le même sort aux coussins. Mais ses allumettes n’y creusaient que de petits trous roussâtres. Les coussins du London and North Western sont à peu près incombustibles : je le sais maintenant, et m’en applaudis.
Les expériences infructueuses du gentleman en délire le firent patienter jusqu’au moment où le train s’arrêta à une nouvelle station. D’un commun accord, nous nous préparâmes à bondir sur le quai. Mais le verrou de la portière résista victorieusement à nos tentatives : nous avions oublié que les conducteurs de trains anglo-saxons, afin de prouver leur supériorité, ont l’habitude d’enfermer les voyageurs à clef.
Alors nous appelâmes, nous appelâmes désespérément ; et le chef de gare, le conducteur, les hommes d’équipe accoururent à nos cris.
— C’est un fou que nous avons dans notre compartiment. Il a jeté toutes les valises sur la voie… Il a mis le feu aux rideaux… Il a roussi les banquettes !
On nous ouvrit. On s’empara du gentleman en délire. (Il causa, quelques minutes plus tard, de grands désordres dans la lampisterie, où on l’avait enfermé.) Après quoi, le chef de gare nous considéra tous d’un œil sévère et demanda :
— Pourquoi n’avez-vous pas fait jouer le signal d’alarme ?
— Mais nous avons tiré, tiré, tiré ! Même que la corde s’est cassée.