Les Cauche recevaient le dimanche soir. Il y avait une table de bridge et une table d’écarté. A dix heures, on servait du thé pour les dames et de la bière pour les hommes ; et puis les hôtes s’en allaient, c’était fini jusqu’à la semaine suivante. Ce dimanche-là, ce fut M. Subre, de l’enregistrement, qui prit congé le dernier. Il dit en riant :

— Et maintenant, vous allez faire votre petite perquisition ?

Le ménage ne répondit rien. A la longue, l’espèce de légèreté qu’on mettait à railler une habitude qui leur était devenue aussi chère que la cause en était poignante, avait fini par les vexer. Emmeline alla se coucher, et les Cauche, à leur tour, montèrent dans leur chambre. Ils étaient comme humiliés. Ce n’est pas au bout de vingt ans qu’on inflige un démenti aux principes de toute une existence, mais vraiment ils étaient bien près de s’avouer qu’il est un peu ridicule de se donner du mal pour rien.

— Il y a des voleurs, prononça M. Cauche, rien n’est plus sûr : les journaux, tous les jours, sont pleins d’histoires de voleurs. Mais décidément, s’ils viennent un jour ici, ce sera durant notre sommeil ou en notre absence. Et l’on se moquera de nous, d’autant plus que nous aurons pris en vain plus de précautions.

Durant qu’il parlait, Mme Cauche avait ouvert les placards et les avait refermés, sans y rien trouver, comme toujours, et M. Cauche haussa les épaules.

Tout à coup, Mme Cauche laissa tomber son bougeoir. Heureusement, il y avait encore une petite lampe allumée sur la table de nuit.

— Quoi ? demanda M. Cauche.

— Il y a un homme, dit sa femme, un homme sous le lit. J’ai vu sa barbe, j’ai vu ses yeux… Ah !

— Ce n’est pas possible ! répondit M. Cauche, rendu sceptique malgré lui par vingt années de fouilles infructueuses.

Cependant, il prit son revolver.