M. Cauche lui fit descendre l’escalier, en ayant soin, toutefois, de marcher derrière lui. Quand ils furent dans le vestibule, la porte du salon, restée ouverte, montra vaguement la bouteille de bière des réceptions dominicales. M. Cauche se souvint qu’on y avait à peine touché ; il s’aperçut en même temps qu’il avait très soif.
— Allons, dit-il au voleur, vous prendrez bien un verre de bière ?
L’autre, abruti de peur, et ne comprenant plus rien à la tournure que prenaient les événements, répondit tout de même :
— C’est pas de refus.
Lui aussi, il avait la gorge très sèche. Les deux hommes finirent la bouteille ensemble. Mais quand il n’y eut plus rien dans les verres, ils n’échangèrent plus l’un et l’autre que des regards détournés : ils n’avaient rien à se dire, ils ne pouvaient décemment rien se dire, et c’est ennuyeux, quand on a bu ensemble ! Silencieusement, M. Cauche ouvrit la porte de la maison.
Quand il eut regagné sa chambre, sa femme lui demanda, avec une émotion où il entrait on ne sait quoi qui ressemblait à de la sympathie :
— Il est parti, tu en es sûr, il est parti ?
— Oui ! fit le mari, de la tête.
— Tu as bien fermé la porte à clef, tu as mis le verrou, la chaîne ?
M. Cauche avait mis le verrou de sûreté, la chaîne. Tous deux se déshabillèrent, et leurs mains tremblaient un peu, mais ils n’eussent su dire s’il n’y avait pas un peu d’orgueil mêlé à leur agitation. Couchés, ils ne purent dormir. Tout à coup, Mme Cauche se releva, ouvrit la porte, et cria dans l’escalier :