— Les Mémoires d’un Ane, annonça Jean-Claude, mystérieusement. Mais gardez ça pour vous.
— Je suppose que c’est en vers ?
Jean-Claude ne répondit pas. On s’abstint de l’interroger. Tout le monde sait qu’un dramaturge doit savoir demeurer discret.
C’est ainsi que Jean-Claude continua sa paisible existence, muni d’une profession de tout repos. Il faisait des pièces et on ne les jouait pas ; on ne les lisait même pas, ce qui est le sort commun. Il arriverait peut-être un jour, à l’ancienneté, ou par une chance incompréhensible. Il disait lui-même, modestement :
— Il faut bien travailler ; mais c’est une loterie !
En très peu d’années, quatre ou cinq à peine, sa situation fut assise, respectable, honorée. Quand il demanda la main de Mlle Blanche-Reine Buvat, il exposa fort clairement à M. Buvat l’état de sa fortune, qui était brillant. Puis il ajouta, avec modestie :
— Quant à ma profession…
— Je sais, dit M. Buvat, je sais ! Il faut du temps, jeune homme, pour percer. Mais vous avez du talent, je suis renseigné, j’ai confiance. Tout est comme ça, du reste, aujourd’hui : ainsi les tableaux ! On n’en donnerait pas cent sous. Tout à coup, ça vaut quatre cent mille francs. C’est une loterie !
— C’est une loterie, répéta Jean-Claude.