» J’ajoutai, continuant à dessiner :

»  — Je ne vous demande pas de jouer, voyons ! Gardez un peu la pose. C’est bien facile : vous avez tué cette femme, vous l’avez décapitée. Alors, vous allez cacher la tête…

» Je n’eus pas le temps d’achever. L’homme, qui était resté en manches de chemise depuis le début pour être prêt à recevoir tous les oripeaux dont je le couvrais, avait fait un saut farouche jusqu’au vieux veston qu’il avait soigneusement plié et mis sur un fauteuil. Jamais je n’ai vu sur une face expression de terreur plus abjecte. Il cria pourtant :

»  — Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai ! Laissez-moi m’en aller !

» J’étais trop décontenancé pour le retenir. Il ouvrit la porte et s’enfuit tête nue. Je crois que j’ai encore son chapeau quelque part, dans un fond d’armoire. Je le garde comme souvenir. »


— Mais, demanda l’un de nous, vous l’avez dénoncé ?

— Moi ? répondit l’artiste. Non. Je ne joue pas les détectives. Seulement, que j’aie vu, ce matin-là, l’assassin de Soho square, j’en suis aussi sûr que d’avoir le plaisir de vous regarder.

LE BON MASSEUR

… Comme je me promenais à travers le Salon de l’Automobile, qui vient d’ouvrir, en faisant tout ce que je pouvais pour m’y intéresser, — la vérité est que je n’y comprends absolument rien : je ne regarde que la carrosserie et mes amis me considèrent en conséquence comme un déplorable idiot, — j’aperçus un homme de bonne mine, qui errait mélancoliquement à travers les allées, traîné dans une voiture d’invalide. Par désœuvrement, je le suivis durant quelques minutes. Il avait l’air de s’ennuyer autant que moi et de nourrir, quant aux choses qu’il contemplait, une ignorance pareille à la mienne. Cela m’inspira de la sympathie pour lui. Nous finîmes par lier conversation.