Il poussa un hurlement de fureur.
— Pourquoi je me fais rouler dans une petite voiture, pourquoi ! Je vais vous le dire, et vous verrez s’il est une infortune comparable à la mienne.
» Ecoutez ! Il y a deux ans, j’étais un homme comme tout le monde. Un peu mieux que tout le monde, je m’en vante, et d’une adresse particulière à tous les exercices du corps. Au golf, au cricket, à l’escrime, je ne craignais personne. Vous savez ce que c’est que le cricket : un jeu violent. Aux îles Samoa, il a complètement remplacé la guerre pour les indigènes, et c’est même un grand souci pour les pacifistes, car, dans les guerres que les Samoens se faisaient entre eux, on ne tuait jamais personne, tandis que dans leurs parties de cricket il y a toujours une douzaine de têtes cassées… Juste au moment où j’allais marquer un essai, deux des meilleurs hommes de l’équipe adverse me jetèrent fort brutalement par terre, comme il se doit, et je me relevai assez mal en point. J’avais un genou démis : le genou droit.
» On me reconduisit chez moi ; mon médecin accourut, me remit le genou, diagnostiqua un épanchement de synovie et me roula proprement la jambe dans une bandelette plâtrée.
» Au bout de quinze jours, quand il l’enleva, il me dit :
» — Ça va très bien. Vous êtes guéri. Seulement…
» — Seulement ?
» — Votre jambe droite, au-dessus de l’articulation, a maintenant six centimètres de tour de moins que la jambe gauche. C’est le résultat du repos, de l’immobilité : les muscles de votre jambe droite se sont atrophiés.
» — Diable ! dis-je. Que faut-il faire ?
» — Oh ! c’est très simple : vous faire masser. Il y a maintenant des masseurs merveilleux. Faites venir l’illustre Van Stetten.