— Vous ne l’aimez pas ? fit André.
Il lui avait pris les deux mains, approchant sa bouche de la sienne. Mais Mme Sévoy recula subitement : le cocher venait d’apparaître à la portière. Il l’ouvrit, eut l’air de regarder, attendit un petit moment, remonta sur son siège, et l’on repartit.
— Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Mme Sévoy, épouvantée.
— Je n’en sais rien du tout, répondit André.
Ils demeurèrent quelques instants sans parler. Une crainte vague planait, parmi des cahots.
— Il faut m’aimer, reprit André. M’aimer comme je vous aime et comme je vous désire… N’ayez pas peur, n’ayez peur de rien. Vous serez à moi sans vous en apercevoir, comme les petits enfants qui ne savent pas quand ils s’endorment…
— Oh ! dit-elle lentement, vous êtes très doux…
Cette fois, elle se laissa prendre un baiser. Leurs lèvres s’immobilisèrent. Il montait en elle de longues vagues de désir ; elle ferma les yeux.
On était arrivé au carrefour des grands boulevards. Rien d’étonnant, alors, si la voiture faisait une pause. Et comme, sur ses joues pâles, Mme Sévoy laissait retomber ses longs cils, elle ne s’aperçut point que le cocher descendait encore une fois de son siège. Mais la portière s’ouvrit, claqua, se referma, et elle aperçut de nouveau la figure terne et sale de cet homme, à la hauteur de son regard. Puis elle le vit qui remontait à sa place, tranquillement.
— Il est de la police ! cria-t-elle. Il fait des rapports, c’est certain, il est payé par mon mari !