— J’ai vaincu, j’ai vaincu ! se disait-il. J’ai fait ma petite affaire tout seul, sans rien demander à personne. C’est un fier plaisir ! Et quand je le raconterai !

C’est ainsi qu’il jouissait par tout son corps du goût de la gloire. Arrivé chez lui, il entra dans sa chambre à coucher, tourna un commutateur électrique, et se regarda dans une glace. Il lui parut qu’il était un autre, plus beau, plus grand, plus ferme sur ses pieds, avec une face splendide, impérieuse, des yeux de maître à qui l’on ne résiste pas. Il regretta d’être seul. C’était vraiment dommage qu’il n’y eût personne pour le voir.

A la fin, lentement, contemplant toutes les choses qui l’entouraient comme si elles étaient neuves, parce qu’il se sentait intérieurement renouvelé, il commença de se dévêtir.

— C’est le moment, murmura-t-il, de regarder l’heure. Ma montre !

Il la tira de son gilet.

C’était une montre d’or comme la sienne, une chaîne qui ressemblait à sa chaîne, mais ce n’était pas sa chaîne, ce n’était pas sa montre.

— Quoi ! cria-t-il, quoi !


Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte de l’horreur de l’aventure. L’homme qu’il avait poursuivi, qu’il avait abordé, qu’il avait menacé de son revolver, ce n’était pas celui qui lui avait ravi son bien ! Il s’était trompé, il avait pris, à main armée, la montre d’un passant, d’un pauvre diable de passant !

Il demeura aussi blême que l’homme qu’il avait — le mot lui vint à la bouche, sec et cruel — que l’homme qu’il avait volé.