Il me fit prendre l’ascenseur. Ça, l’ascenseur, c’est commode, je le reconnais. Pourtant il faut apprendre à s’en servir. Dans l’intérieur de cette cage, c’est tout noir, et il y a des tas de petits boutons sur lesquels il ne faut pas appuyer sans discernement. Une fois, faute d’avoir fait attention, je me suis tout à coup senti précipiter dans une obscurité profonde ; et je n’osais plus sortir, crainte de tomber dans le vide. En frottant une allumette, je m’aperçus que j’étais descendu dans la cave. C’est traître, ces machines-là, il y a aussi des jours où ça s’arrête centre ciel et terre, sans que personne sache pourquoi, ni combien de temps ça peut durer : il est prudent de se munir de provisions.

Par bonheur, le concierge était un homme savant. Il fit stopper l’appareil juste à l’étage qu’il voulait. Dans l’escalier, cet escalier qui ne servait plus à rien, c’était tout en marbre. En marbre rouge. J’étais impressionné. Le concierge ouvrit une porte magnifique, à deux battants, et je pénétrai dans une espèce de grande pièce, très longue. Je demandai, innocemment :

— C’est un couloir, ou bien la salle à manger ?

— Un couloir ! dit le concierge indigné : c’est la galerie, monsieur !

— Bon, dis-je, bon ! Ne vous fâchez pas. Alors, on mange, dans la galerie ? Ça me paraît bien étroit pour mettre une table et des chaises ?

— Monsieur, me dit-il, la salle à manger n’est pas ici. Elle est en face de vous.

— Alors, à quoi ça sert-il, cette galerie ?

— A quoi ça sert ? Ma foi, je n’en sais rien. Mais on ne fait plus d’appartement sans galerie : c’est pour la magnificence.

Je songeai que je n’avais pas de quoi m’offrir des magnificences si coûteuses, et dont je n’éprouvais pas le besoin. Et mon guide ouvrit une autre porte.

— Voilà le salon, dit-il, la voix empreinte d’une émotion religieuse. La cheminée est en marbre blanc, bien entendu. C’est du marbre demi-statuaire, tout ce qu’il y a de mieux. Et voici les pâtisseries !