C’est vrai que Faidherbe est tête nue, comme je vous ai dit. Et jamais, jamais, au Sénégal, on n’a vu un blanc tête nue. C’est bon pour les nègres. Qu’est-ce que je pouvais répondre, hein ? Et pourtant c’était trop bête. Je dis :

«  — Il y a tout près d’ici Fatima Coulibaré, qui est vieille comme un baobab. Elle se rappelle ! Viens lui demander avec moi si Faidherbe n’était pas blanc, espèce de boule de caoutchouc ! »

On est allé demander à Fatima Coulibaré, celle qui fait concierge chez M. Raymond Martin. Vous la connaissez, peut-être ? Elle s’est gratté les deux bras avec ses ongles, puis s’est mis les doigts dans la bouche, après avoir retiré sa pipe, et elle a jugé !

«  — Faidherbe, elle a dit, lui pas blanc tout à fait, tout à fait. Lui pas noir tout à fait. Lui mulot. Papa blanc, maman noire. Ça vrai comme je crache. Y en a encore ici sa sœur. Et sa sœur, y en a mulotte, sûr. »

Je répondis :

«  — Faidherbe n’a pas de sœur ici, Fatima ; tu déménages. »

Mais elle affirma :

«  — Vas voir un peu rue Chaudié. Y en a elle son nom Marie Dodds. »

Et Dodds, expliqua Barnavaux, c’est le nom d’un autre général qui n’était pas tout à fait blanc, et dont la sœur habite encore Saint-Louis. Mais si on n’avait pas fait la statue en bronze, ces nègres n’auraient pas mélangé les familles !