«  — Je ne puis l’accepter, dit-il, je ne puis rien te donner en échange qui le vaille ! »

Je m’attendais bien à ça ; je suggérai :

«  — Si, le manteau ! »

Il prit une figure désolée, et fit : « Non, non ! » de la tête. J’insistai. Il s’obstina. Je devenais enragé ! Livre par livre, j’allai jusqu’à lui offrir cinq cents guinées pour le manteau, en sus du gramophone. Il secouait toujours la tête. « Cinq cents guinées ! fis-je. Tu pourras te faire bâtir une belle maison, venue toute faite d’Amérique, avec un toit en tôle ondulée ! » Je lui disais ça parce que c’est leur rêve, à tous les Samoëns, d’avoir une maison américaine. Il répondait toujours : « Non ! ».

— Mais enfin, pourquoi ne veux-tu pas ?

— Le manteau est pour mon fils qui va mourir, dit-il. Pour l’ensevelir : afin qu’il soit chaudement et magnifiquement vêtu, sous la terre ! »


«  — Comprenez-vous ça ! Il refusait treize mille francs, plus ce gramophone qu’il désirait tant ! Il aimait mieux que ce manteau, ce chef-d’œuvre de manteau, allât pourrir avec un mort ! Ces sauvages ne penseront jamais comme nous !

«  — Ta vahiné en fera un autre, proposai-je par manière de transaction. Et moi, qui vais partir, j’emporterai celui-là !

— Non ! répliqua-t-il encore, il faut deux ans pour faire un manteau, et tu sais bien que mon fils sera mort avant la nouvelle lune… »