Mme Devoze entre dans le cabinet du docteur Blinières quelques heures plus tard, avec sa désinvolture usuelle ; elle est leste, décidée, gaillarde et de hait. Professionnellement, avec un grand sérieux, le docteur lui fait ouvrir la bouche, baisser la langue, en y appuyant une spatule de nickel, et commandant à sa cliente de faire « Ah ! Ah ! Ah ! » comme l’impose un immémorial usage.

— Je vois ce que c’est, fait-il. Une petite angine. Ce ne sera rien. Seulement, chère madame, vous devez être fort sujette à cette sorte de refroidissement. Je suis sûr, permettez-moi de le suggérer, que vous n’êtes point, en dessous, vêtue assez chaudement. Je vous recommande l’usage de la flanelle, et des pantalons.

Car tel a été le message dont il fut l’objet quelques instants auparavant, de la part de M. Devoze. Il accomplit sa mission avec fidélité.

Mais, de même que M. Devoze avait compris que sa femme n’était point étrangère aux injonctions relatives à sa toilette qu’il avait reçues de Mme Hertha, de même Mme Devoze soupçonne directement la complicité, en cette matière, de son mari et du médecin.

— Eh quoi ! docteur, dit-elle, d’un air admiratif, rien qu’en regardant ma gorge vous avez pu deviner ce qui se passait plus bas, beaucoup plus bas ? C’est étonnant, c’est merveilleux !

— L’habitude, l’expérience, madame, répond le docteur Blinières qui a peur de rougir. La science a des yeux qui lui permettent de percer bien des secrets, du moins de les pressentir…

… Alors, avec sa bravoure et son intrépidité ordinaires, debout devant le docteur et troussant impétueusement ses dessous, qui sont aimables, Mme Devoze lui dit joyeusement, d’une voix toute naturelle :

— Eh ! bien, docteur, puisqu’en regardant ma gorge vous avez pu voir ce qu’il y a ou ce qu’il n’y a pas ici, en regardant par là veuillez me dire si mon chapeau est droit sur ma tête !…

LE PARFUM

C’était du côté de la Bastille ; je rentrais chez moi en suivant les quais… L’homme qui croisa ma route me jeta un regard en passant.