Cependant, un matin, une petite fille qui regardait les poissons volants cria tout étonnée :
— Un jet d’eau, là-bas ! Il y a un jet d’eau sur la mer.
Un vieux passager, ayant levé les yeux à son tour, après qu’il se fut lentement dressé de sa chaise longue, certifia :
— C’est un souffleur !
On vit d’autres de ces jets de vapeur mêlée d’eau : toute une bande de cachalots, une vingtaine au moins de ces monstres, qui semblaient se poursuivre et jouer sur la face immense de l’océan. Sans doute, c’était pour eux la saison des amours, un instinct puissant triomphait de leur méfiance ; ou bien trois ans de guerre, trois années pendant lesquelles les pêcheurs les avaient laissés tranquilles, leur avaient donné à croire qu’il n’y avait plus maintenant d’ennemis de leur race géante. Parfois, ils avaient l’air de danser : une femelle plongeait devant un mâle pour le séduire, ou par pure joie de vivre ; on voyait jaillir de l’onde dix ou quinze mètres de son corps énorme, noir, tout luisant d’huile : le bruit de sa queue qui battait l’eau en retombant sonnait à travers l’espace vide.
Le commandant avait pris sa lunette et regardait lui aussi. Il dit à une passagère distinguée, à laquelle il avait fait les honneurs de sa passerelle.
— On ne les rencontre, en général, que plus au sud de notre route, bien plus au sud, entre Sainte-Hélène et l’Ascension. Les mauvaises mers les auront poussés au nord, sans doute ; ou bien ils sont devenus plus hardis, depuis qu’on ne les chasse plus.
— Oh ! mon commandant, mon commandant ! supplia la passagère, allons les voir de plus près ! Ça vaut bien de perdre une heure…
— Oui ! oui, confirmèrent d’autres spectateurs, groupés sous l’échelle et qui avaient entendu. Faites route sur eux, mon commandant !
Le commandant hésita. Résolu déjà à céder, il se penchait vers le téléphone…