— Vous dites ? fit Tom Kettle sans comprendre.

L’anticléricalisme est ignoré dans toute l’étendue, si vaste, du monde anglo-saxon. J’essayai de m’expliquer.

— Athée, quoi. Atheist. Entendez-vous mieux ?

— Vous ne voudriez pas ! affirma Kettle, avec une sorte d’horreur dans la voix. Une horreur scandalisée : c’était comme si je l’eusse accusé d’une abomination. Car il a conservé, comme l’immense majorité des hommes de sa race, un spiritualisme religieux naïf et sincère. Tout homme d’origine anglaise répugne à réfléchir, à raisonner cette conviction. Même il est persuadé qu’on ne doit pas la raisonner. Il l’accepte comme il l’a reçue. C’est la limite de son individualisme ; il en est quelques autres. On le choquerait moins, cependant, en lui demandant s’il est anarchiste ou cambrioleur. Je m’excusai.

— Ce n’est pas ça, répliqua Tom Kettle. Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire ces types-là, dans une chose qui ne regarde que moi ? Et spécialement sur le front, dans l’armée, qu’est-ce que viennent faire des types qui ne se battent pas ? Et, par-dessus le marché, ils ont l’air de faire exprès de vous embêter. Il y en avait un, au bataillon : tout le temps sur mon dos !

«  — Il faut penser à votre âme, qu’il disait, mon garçon, il faut penser à votre âme. Êtes-vous sauvé ? Mettez-vous en disposition pour que la grâce descende.

« Moi, je n’ai besoin de personne pour que la grâce descende. Je suis Australien ! Ce sera quand le Seigneur voudra, et quand je voudrai. Sans ça, où serait ma liberté, mon… mon libre arbitre, comme ils disent. Un chapelain, pour m’aider à faire descendre cette machine-là ? Alors, pourquoi pas un empereur pour me commander, pourquoi pas Guillaume ?… C’est ce que je m’acharnais à lui faire entendre. Mais il était bouché. Ma parole, by God, il était bouché ! Il répétait tout le temps :

«  — Songez à l’enfer, mon garçon. Ne vaudrait-il pas mieux pour vous trôner à la droite du père tout-puissant que d’aller rôtir dans les flammes éternelles ?

«  — J’irai où que je veux, que je lui assurais, et je n’ai besoin de quiconque pour me prendre mon billet.

« Mais je n’ai jamais vu un homme comme ça pour se mêler de ce qui ne le regardait pas.