« — Je veux vous sauver, qu’il faisait. Allez voir votre camarade Muffin et votre camarade So-and-So. Je les ai sauvés, eux ! Le Seigneur a bien voulu se servir de moi pour les sauver. Ils vous donneront de bons exemples.
« L’idée d’imiter quelqu’un, Muffin ou un autre, me dégoûtait plus que tout le reste. Je suis moi, Tom Kettle, et non pas un autre, je ne veux pas être un autre. Et je le dis à ce raseur. A la fin, il m’abandonna, comme définitivement promis à la fourche de Satan et à ses chaudières.
« C’est peu de temps après que les Boches ont fait leur grande attaque pour reprendre Vimy, où nous étions déjà si bien installés, sur une crête où il y avait un peu moins de boue. Et le chapelain y était monté aussi, pour avoir les pieds secs, je suppose. Mais quand il a entendu le pétard que faisaient les bombes des mortiers boches en tombant dans les tranchées, et les grosses marmites qui faisaient des trous, tout partout, à enterrer un éléphant, il a crié :
« — Ma place n’est pas ici. Ma place n’est pas ici ! Je suis un homme de paix. J’appartiens à un maître dont le royaume n’est pas de ce monde. Qu’on me dise par où il faut s’en aller !
« Et il a sauté dans un fourgon qui allait chercher des munitions à l’arrière, sans prendre le temps de ramasser son fourniment.
« J’ai tout de même trouvé une minute pour lui dire adieu, quand il est parti. Je ne l’ai pas salué, mind you, mais je lui ai souhaité bon voyage. Je lui ai dit :
« — Monsieur, je ne sais pas si vous m’avez sauvé, mais pour l’instant, c’est vous qui vous sauvez. C’est toujours ça !
« Et depuis ce jour-là, il m’a foutu la paix. Ça n’est pas malheureux ! »
LE SINGE ET LES ÉCOSSAIS
Au temps où les troupes britanniques combattaient intimement mêlées aux nôtres, il arrivait assez fréquemment jadis que leurs blessés fussent dirigés sur une ambulance française, pour commencer : on faisait le triage plus tard. C’est ce qui arriva au soldat John Mac Ivor, du régiment écossais des fusiliers de Lennox.