Il répliqua froidement :
— Peut-être que si on l’avait laissé grandir, il serait devenu un loup !
C’était un beau lièvre, qui pesait bien dans les six livres. Il le mit dans une grande poche de sa veste, derrière son dos, et repartit. Et à travers tout le pays, de la Vidourle au Brestalou, on fusilla, fusilla, fusilla, jusqu’à la nuit noire. Je m’étonne qu’il n’ait pas plu, ainsi qu’il arrive, à ce qu’il paraît, dans les grandes batailles d’artillerie.
Enfin nous regagnâmes l’Espélunque.
Tout le monde avait l’air radieux, excepté les gendarmes. Une fois rentré à la maison, le Monarque vida la grosse poche qui gonflait son dos. Il en tira le lièvre, deux perdrix et une douzaine de moineaux qu’il baptisa solennellement du nom d’ortolans.
— Et les autres du village ? demandai-je.
— Les autres ! Ils en ont aussi, des ortolans et des merles, peut-être, et des palombes, et des tourdes… C’est une fête de Pâques, ça, une fête de Pâques, monsieur !
— Alors, fis-je, bouleversé, il n’y avait pas de loup, vous saviez qu’il n’y avait pas de loup ?
Le Monarque devint subitement très grave.
— Il y avait peut-être un loup, dit-il. Rien ne prouve qu’il n’y a pas de loup. Puisqu’il y en avait, du temps de Florian, vous savez ! On ne l’a pas vu tout à fait, c’est vrai, on ne l’a pas tué, c’est certain ; mais c’était un devoir patriotique de le chercher. Spécialement quand la chasse est fermée.