— Connais-tu la fontaine de Massane, la propre fontaine d’Estelle et de Némorin ?

Je la connaissais.

— Eh bien, du temps d’Estelle et de Némorin, il y avait des loups, puisque Florian le dit. Donc il peut bien y en avoir maintenant.

Si je lui avais répondu qu’Estelle et Némorin n’ont pas existé, il m’aurait arraché les yeux. Je n’avais qu’à me taire.


Le lendemain on fit la battue, avec le concours de tous les adultes en état de porter les armes, ceux de l’Espélunque, ceux de Satinettes, Valflaunes, Garrigues, Combas, Montpezat, Fontanès, Souvignargues ; il vint même des chasseurs d’au delà de Quissac et de Sommières. On fouilla la caverne, en poussant des cris fort sauvages. Beaucoup de corbeaux y nichaient. Je ne sais comment il se fit qu’en tirant des coups de fusil pour faire partir le loup, quelques-uns de ces corbeaux furent atteints. Au retentissement des armes à feu, quelques chasseurs crièrent qu’ils avaient vu la bête, et la battue descendit en plaine : deux cents hommes armés jusqu’aux dents, lourds de cartouches et fous de joie. Ah ! on sautait par-dessus les ceps de vigne, et on trottait sur les aubergines, et on écrasait les fèves jeunes ! Les fusils partaient, partaient tout seuls et tout le temps. Les gendarmes étaient à cheval. Ils allaient de l’un à l’autre, ils criaient : « Vous l’avez vu, vous l’avez vu, où est-il ? » On leur répondait :

— Je crois bien que c’est à droite… ou à gauche… ou par là, vers le ponant.

Moi, je devenais fou, je galopais à pied avec les gendarmes à cheval, j’allais de l’un à l’autre, je retournais de l’autre à l’un. Et, quand j’avais le dos tourné, c’était comme un fait exprès : pan ! pan !

A la fin, j’aperçus le Monarque. Il visait soigneusement, tirait, prenait une figure de jubilation, courait, se penchait vers quelque chose. Je lui dis :

— Vous l’avez touché !