Mais, cette fois-là, Tiennou ne voulut rien avouer. Il dit :
— C’est le loup !
Les gendarmes froncèrent les sourcils et demandèrent :
— Quel loup ?
— C’est le loup de l’Espélunque, répéta Tiennou.
Il y a près de l’Espélunque un grand trou dont l’orifice est à peu près circulaire, avec dans le fond une espèce de caverne, où l’on ne trouve absolument rien d’intéressant. C’est de cette caverne du plateau calcaire que le village tire son nom. Je m’évertuai à démontrer que le Tiennou était encore plus idiot que de coutume, attendu que les petits bergers menaient paître leurs moutons tous les jours sur les bords du trou, et qu’il n’était jamais rien arrivé, ni aux moutons, ni aux bergers, ni aux bergères. Mais, à ma grande surprise, Cazevieille, qui est maire, prit un air excessivement réfléchi. Il dit :
— Ça se pourrait bien !
Les gendarmes furent émus.
Et je ne sais pas comment cela se fit, mais tout le monde à l’Espélunque déclara, le premier jour, que ça se pourrait bien, et le second jour que c’était sûr, que c’était un loup qui avait tordu le cou aux volailles de Peyras. Le troisième jour tous les bergers et toutes les bergères avaient vu le loup. Le quatrième jour, on télégraphia au préfet pour obtenir l’autorisation d’une battue au fusil, et, le sixième jour, l’autorisation arriva.
Je représentai à Cazevieille que, de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu un loup dans la contrée, que ces animaux se cachent d’habitude sous des fourrés impénétrables, et que ni les chênes-nains, ni les figuiers n’étaient des demeures suffisantes pour ces bêtes féroces ; qu’une simple belette pouvait avoir fait tout le mal. Il me répondit avec indignation :