En effet, la façon dont le Monarque disparut fut miraculeuse. S’il avait pris par les Garrigues ou par le Gardon, nul n’en vit rien. Il s’était évanoui ! Mais on aperçut, venant du pont de Gers, une ombrelle jaune.
L’ombrelle dansa le long du torrent. Sur la route claire, elle s’éclipsa derrière la Corne de Marbre, où sont les carriers, surgit au bout de dix secondes un peu plus près, un peu plus haut : elle montait vers Tornac, rien n’était plus sûr. On l’aperçut, on la perdit à cause des lacets de ce sentier qui grimpe, elle s’enfonça derrière le bosquet de chênes verts ; et l’on ne vit plus rien.
— Qu’est-ce que ça prouve, Touloumès, demandèrent les huit cents habitants de l’Espélunque, tous groupés du côté du cours qui surplombe le torrent ? Qu’est-ce que ça prouve ? La dame est venue à Tornac, mais le Monarque, va voir s’il y est !
— Patience ! répondit Touloumès.
Mais il était aussi inquiet que les autres.
… Tout à coup, un petit drapeau se dressa, pour ainsi dire tout seul, au sommet de la tour, un petit drapeau blanc, tout pâle et léger.
— Il faudra que je vous fasse signe, avait dit le Monarque à madame Fumade. La montée est rude, ce n’est pas la peine de la faire, si je n’y suis pas. Je vous ferai signe, discrètement.
Il avait fait signe, donc il était là. Madame Fumade put s’en assurer, et ne s’en plaignit point. Les habitants de l’Espélunque aussi, à cause du drapeau.
Et cette aventure accrut encore la gloire du Monarque, ainsi que sa réputation de galant homme très discret.