Il était content, voilà tout, sans nul scepticisme. Et vingt fois, au cours de cette journée, il me fit rougir de honte en abordant les gens.

— Il y a chez moi un Parisien, faisait-il, un Parisien… Il est épatant ! Il se baigne dans le Gardon, qu’on est encore en hiver, hé ! Et il prend les poissons à la main…

Je pouvais enfin espérer que ma confusion était à son comble quand nous vîmes arriver Touloumès. J’aurais dû le prévoir ; mais c’est une erreur commune aux habitants des villes de présumer que les gens qu’ils croisent sur les routes sont des passants qu’ils ne reverront jamais : dans les campagnes il n’est point de passants, tout le monde se connaît.

— Il est épatant ! — lui répéta Cazevieille en me montrant. Je te le présente : un confrère ! Il prend les poissons à la main !

— Vrai ? dit Touloumès. Oh ! ça se peut, ça se peut… Monsieur aime le poisson, c’est sûr, je lui en ai vendu !

J’eusse souhaité rentrer sous terre : ils rirent tous deux sans malignité. Cazevieille eût été très fier d’avoir chez lui un Parisien qui prenait les poissons à la nage. Mais il ne me gardait pas rancune d’avoir inventé une histoire. Si ce n’était plus glorieux, c’était encore amusant. Il se contenta de dire, sans récriminer :

— Puisque tu aimes la pêche, on t’y mènera demain. Avec Touloumès et le Monarque : ce sera grand !


Voilà pourquoi, le lendemain, nous pêchions à la senne. Et Cazevieille m’entretenait, avec éloquence et facilité, des illustrations du pays.

— C’est une chose certaine, mon cher, me disait-il, parlant voluptueusement du nez à travers sa pipe, la patrie de l’héroïsme et de la galanterie est ici. C’est prouvé depuis le temps des Camisards, et d’Estelle et Némorin.