» — Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? Un pli, du moment qu’il a été mis à la boîte, devient la propriété du destinataire, de celui à qui vous l’avez envoyé, si vous aimez mieux. C’est le règlemeint…
» — Monsieur…
» Il ouvrit la porte, ce sans-cœur ! Il ouvrit la porte pour me mettre à la porte !
» — C’est le règlemeint ! je vous dis.
» Je le regardai. Il n’était pas du Nord, celui-là. Avec sa tête ronde, sa petite moustache noire, ses yeux fendus en amande, couleur de noisette brûlée, et puis son accent, son accent ridicule : encore un de cette Provence, sûrement, hein ? Tout le gouvernement, il est à eux ! Et pensez ! C’est nous qui faisons les enfants, et c’est eux qui font les fonctionnaires ! Partout ils nous en mettent, chez nous, à Lille, à Tourcoing, à Roubaix, à Seclin, à Lens. Partout, vous en trouvez partout ! Celui-là, je l’aurais tué. Mais à quoi ça aurait-il servi ? A me venger ? Ça est bon de se venger, mais réussir, ça est encore mieux, hein ? Je me rappelai un des principes de ma profession : « Justus, tâche de ne pas prendre le client à rebrousse-poil, tâche de lui plaire, Justus ! »
» Lui plaire ? Et comment, lui plaire ? « C’est le règlement », il disait, ce moko, au lieu de m’écouter, c’est le règlement ! Je t’en ficherai sur la figure, moi, du règlemeint !… Tout à coup, l’inspiration m’est venue. Je me suis rappelé Nîmes, le café Peloux, les Arènes, la tour Magne où j’en avais tant vu en vendant des laines pour les Cammaërt, tant vu qui lui ressemblaient !
» — Siès pas du Gard ? que je criai dans son patois.
» Il releva la tête.
» — Vous dites ? fit-il.
» — Disé : Siès pas du Gard ? Êtes-vous du Gard ?